Les Romands qui ont Canal+ sont des veinards qui se délectent chaque semaine de la série «Desperate Housewives».
Les héroïnes désopilantes de cette saga, ce sont quatre femmes au foyer parquées en banlieue américaine chicos (entre nous, un peu trop bien conservées pour être crédibles, mais bon): Susan, divorcée, un concentré de maladresse abonné au débol; Lynette, anciennement cadre et aujourd’hui mère constamment débordée; Gabrielle, ex-top-model accro à tout ce qui est cher, qui trompe son mari et son ennui avec son jardinier de 16 ans; et enfin Bree, bourgeoise obsédée de perfection et championne des révélations qui tuent («Rex, mon mari, sanglotte lorsqu’il éjacule»).
J’avoue avoir un faible pour Lynette, qui court toute la journée après ses gosses et n’a jamais le temps de se laver les cheveux. Gabrielle a trop le fric dans l’ADN, Susan est trop tarte et même si je trouve la monstruosité de Bree touchante, j’abonde dans le sens de Rex qui dit: «Elle vit dans une pub pour détergent.»
En vraie fan je suis aussi allée voir sur le Net. Et j’ai découvert qu’on peut acheter des T-shirts avec les inscriptions «I’m a Susan», «I’m a Bree», etc. J’étais sur le point de commander un «I’m a Lynette» quand j’ai décidé de faire le test «Quelle desperate housewive êtes-vous?» Rien de bien méchant, me suis-je dit. Sauf que le web m’a finalement affiché un triomphant «You’re a Bree!». Entre nous, ça m’a ébranlée. Et je crains le pire: le chéri, qui regardait par-dessus mon épaule au moment fatidique, m’a d’ores et déjà promis un «desperate T-shirt» pour Noël.
15 novembre 2005
8 novembre 2005
Chute de civilisation?
Une consœur a constaté récemment avec humour – mais aussi pas mal de condescendance réprobatrice – que les parents frais sortis du four développent une tendance prononcée à l'exhibitionnisme. Elle appelle d’ailleurs «chute de civilisation» cette période durant laquelle ces derniers se laissent complètement aller et oublient d’avoir des égards pour autrui.
A priori, des millions de faits lui donnent raison. Par exemple ces couples que le choc, l’émotion, l’euphorie (ou le traumatisme) désinhibent totalement et qui détaillent par le menu la mise au monde («Là on voyait la tête, mais ça rentrait et ça ressortait») ou les efforts digestifs de la petite merveille («Son caca est un peu granuleux, tu vois»). Tout ça en vous servant une tranche de cake.
Il y a aussi toutes ces accouchées et mères allaitantes, qui auparavant n’auraient jamais imaginé enlever le haut à la plage et qui maintenant se dépoitraillent hardiment. Que ce soit pour présenter à l'ensemble de leur carnet d'adresse électronique leur minuscule bébé blotti contre leurs nénés en format *.JPG. Ou pour sustenter sur-le-champ la petite chose qui réclame sa tétouille, peu importe où elles se trouvent (dans le bus, au bistrot…)
Il y a évidemment de quoi se sentir un peu perplexe – surtout lorsqu’on n’est pas encore passé par là. Mais c’est étrange que notre civilisation craigne de chuter à cause d’un nouveau-né qui repose entre deux seins. Surtout si l’on songe que tous les nichons publicitaires dont ladite civilisation est constellée ne l’ont pas encore fait couler.
A priori, des millions de faits lui donnent raison. Par exemple ces couples que le choc, l’émotion, l’euphorie (ou le traumatisme) désinhibent totalement et qui détaillent par le menu la mise au monde («Là on voyait la tête, mais ça rentrait et ça ressortait») ou les efforts digestifs de la petite merveille («Son caca est un peu granuleux, tu vois»). Tout ça en vous servant une tranche de cake.
Il y a aussi toutes ces accouchées et mères allaitantes, qui auparavant n’auraient jamais imaginé enlever le haut à la plage et qui maintenant se dépoitraillent hardiment. Que ce soit pour présenter à l'ensemble de leur carnet d'adresse électronique leur minuscule bébé blotti contre leurs nénés en format *.JPG. Ou pour sustenter sur-le-champ la petite chose qui réclame sa tétouille, peu importe où elles se trouvent (dans le bus, au bistrot…)
Il y a évidemment de quoi se sentir un peu perplexe – surtout lorsqu’on n’est pas encore passé par là. Mais c’est étrange que notre civilisation craigne de chuter à cause d’un nouveau-né qui repose entre deux seins. Surtout si l’on songe que tous les nichons publicitaires dont ladite civilisation est constellée ne l’ont pas encore fait couler.
1 novembre 2005
Mâle malade
Le chéri est malade depuis samedi, ce qui est pire que nos deux enfants flirtant simultanément avec une fièvre à 39,8, la toux glaireuse et le sommeil genre délire Dogma filmé caméra à l’épaule. Parce que les enfants, eux, sont francs de collier quand ils sont la proie des virus. Ils se sentent mal et ne demandent qu’à se sentir mieux – par exemple en regardant le DVD de «Spirit». Leur père, lui, se sent d’abord obligé de jouer au héros qui souffre en silence – mais quand même ostensiblement.
Et puis chez les enfants, les symptômes sont sans équivoque: c’est croûté de moque, ça vomit, ça hurle «naaaan!» à la vue du suppositoire. Alors que le mal du chéri se présente comme un insondable désert des Tartares d’où menace de débouler le pire. Car le chéri n’a ni rhume, ni toux, ni fièvre, juste «le crâne qui va exploser», «une sensation étrange au fond de la gorge» et «les jambes tellement douloureuses qu’elles me portent à peine». Mais il refuse de prendre du paracétamol, préférant «laisser faire le corps» - et me laisser faire seule avec les enfants. Puis, après 24 heures, il endosse le rôle du mâle anéanti qui zone en training, lampe d’un air souffreteux de la tisane Sidroga, goûte à peine aux spaghettis de l’air du mourant qui a perdu tout appétit (avant d’aller une heure plus tard se tailler de belles tranches de salami).
Mais ce matin, comme il ne se sentait toujours «un peu faible et frissonnant», le chéri a décidé que ça suffisait. Il a pris 500 mg de Dafalgan et regardé le DVD de «Kill Bill 2». Sûr que demain, il sera guéri.
Et puis chez les enfants, les symptômes sont sans équivoque: c’est croûté de moque, ça vomit, ça hurle «naaaan!» à la vue du suppositoire. Alors que le mal du chéri se présente comme un insondable désert des Tartares d’où menace de débouler le pire. Car le chéri n’a ni rhume, ni toux, ni fièvre, juste «le crâne qui va exploser», «une sensation étrange au fond de la gorge» et «les jambes tellement douloureuses qu’elles me portent à peine». Mais il refuse de prendre du paracétamol, préférant «laisser faire le corps» - et me laisser faire seule avec les enfants. Puis, après 24 heures, il endosse le rôle du mâle anéanti qui zone en training, lampe d’un air souffreteux de la tisane Sidroga, goûte à peine aux spaghettis de l’air du mourant qui a perdu tout appétit (avant d’aller une heure plus tard se tailler de belles tranches de salami).
Mais ce matin, comme il ne se sentait toujours «un peu faible et frissonnant», le chéri a décidé que ça suffisait. Il a pris 500 mg de Dafalgan et regardé le DVD de «Kill Bill 2». Sûr que demain, il sera guéri.
25 octobre 2005
Wellness Kieser
Juan a admis qu’il avait pris un coup de vieux. Il a scruté sans complaisance sa tronche qui s’affaisse, son ventre un peu ramollo, ses muscles qui s’atrophient... Puis il a réagi et décidé de se rendre deux fois par semaine au Kieser Training pour se remuscler.
Le Kieser est exactement ce qu’il fallait à Juan. L’aura quasi médicale des lieux les départit de la vulgarité des salles de fitness. On y vient pour «renforcer son dos», pas pour faire de la gonflette. L’ambiance est sereine, recueillie. Pas de musique, pas de coaches beau-gosse-musclé qui vous renvoient un humiliant miroir, mais des monitrices quadra en pantalon Securitas et en débardeur de laine. La clientèle Kieser (seniors et éclopés) permet également à Juan de se sentir en super forme – par comparaison.
Mais le Kieser a surtout donné à Juan la possibilité de mettre en application le canon de la rubrique «Style» de la «NZZ am Sonntag». Qui fustigeait comme un crime de lèse-savoir-vivre tous les ringards pour qui la tenue fitness se résume à leurs chaussettes, une paire de cuissettes douteuses et un T-shirt I LOVE CANCUN. Car lorsque l’homme de goût vient faire de l’exercice, il revêt des chaussures de sport sombres, des pantalons longs sombres également et un maillot neutre, le tout d’une propreté irréprochable.
Juan suit ces conseils à la lettre. Et peut désormais se délecter chaque fois qu’il aperçoit une paire de vieilles guiboles prise en sandwich entre des cuissettes fripées et des chaussettes à carreaux. Les voies du wellness sont impénétrables.
Le Kieser est exactement ce qu’il fallait à Juan. L’aura quasi médicale des lieux les départit de la vulgarité des salles de fitness. On y vient pour «renforcer son dos», pas pour faire de la gonflette. L’ambiance est sereine, recueillie. Pas de musique, pas de coaches beau-gosse-musclé qui vous renvoient un humiliant miroir, mais des monitrices quadra en pantalon Securitas et en débardeur de laine. La clientèle Kieser (seniors et éclopés) permet également à Juan de se sentir en super forme – par comparaison.
Mais le Kieser a surtout donné à Juan la possibilité de mettre en application le canon de la rubrique «Style» de la «NZZ am Sonntag». Qui fustigeait comme un crime de lèse-savoir-vivre tous les ringards pour qui la tenue fitness se résume à leurs chaussettes, une paire de cuissettes douteuses et un T-shirt I LOVE CANCUN. Car lorsque l’homme de goût vient faire de l’exercice, il revêt des chaussures de sport sombres, des pantalons longs sombres également et un maillot neutre, le tout d’une propreté irréprochable.
Juan suit ces conseils à la lettre. Et peut désormais se délecter chaque fois qu’il aperçoit une paire de vieilles guiboles prise en sandwich entre des cuissettes fripées et des chaussettes à carreaux. Les voies du wellness sont impénétrables.
18 octobre 2005
Parce que moi aime!
Notre cadet traverse une phase hurleuse remarquablement nourrie et polyvalente: le matin, le soir, en promenade, en allant à la crèche, en revenant de la crèche, à la maison, en visite, sur la place de jeu, au supermarché, à table, dans la baignoire… du haut de ses 3 ans, notre bébé d’amour semble prendre un plaisir éperdu à hurler. Incroyablement longtemps et incroyablement fort. Ce qui, outre la mutilation auditive infligée, peut devenir particulièrement embarrassant: toute la rue se retourne sur notre passage, le regard tantôt soupçonneux («Peut-être qu’elle le bat?») tantôt plombé de réprobation («Quel affreux marmot!»)Cette période est donc une véritable épreuve pour les nerfs – surtout lorsqu’elle s’assortit de commentaires comme celui qu’a hasardé ma belle-mère l’autre jour: «Peut-être que ça lui fortifie les poumons?»
Nous avons évidemment essayé toute une gamme de stratégies pour endiguer les décibels: l’explication calme (les manuels de puériculture disent que l’alpha et l’oméga, c’est de rester calme même quand la tempête domestique prend des allures d’ouragan Katrina), la menace (les manuels de puériculture disent que l’alpha et l’oméga dans la famille, c’est le respect des limites), le chantage (faut pas déconner, y’en a marre de se faire vriller les tympans), les vociférations (en désespoir de cause). Résultat: les hurlements se poursuivent avec une régularité édifiante.
Et lorsque je demande au cadet pourquoi il hurle, il répond avec un lumineux sourire: «Parce que moi aime!»
Nous avons évidemment essayé toute une gamme de stratégies pour endiguer les décibels: l’explication calme (les manuels de puériculture disent que l’alpha et l’oméga, c’est de rester calme même quand la tempête domestique prend des allures d’ouragan Katrina), la menace (les manuels de puériculture disent que l’alpha et l’oméga dans la famille, c’est le respect des limites), le chantage (faut pas déconner, y’en a marre de se faire vriller les tympans), les vociférations (en désespoir de cause). Résultat: les hurlements se poursuivent avec une régularité édifiante.
Et lorsque je demande au cadet pourquoi il hurle, il répond avec un lumineux sourire: «Parce que moi aime!»
11 octobre 2005
Vieillir dignement
Quand j’ai reçu l’invitation de Juan par la poste, ça m’a fait un choc: 40 ans, déjà? Le chéri, qui a déjà cette épreuve derrière lui, a commenté le carton d’un «jolie l’invite. Très Juan, d’ailleurs». Et c’est vrai qu’avec son design interpellant et son libellé ironico-chaleureux, ledit carton ressemblait à Juan: merveilleux, mais inavouablement angoissé à l’idée de virer ringard – donc de vieillir.Une angoisse qui le fait lire assidûment la rubrique «Style» de la «NZZ am Sonntag» et lutter de toutes ses forces pour ne pas sombrer dans ce qu’il appelle «le laisser-aller parental typique». Le fait de n’avoir qu’un enfant permet d’ailleurs à Juan de jouer encore à l’adulte non amoindri par la vie de famille et de s’offrir un loyer centre-ville.
Le chéri et moi, nous nous sommes donc rendus à sa petite fiesta. Une réussite. Ça grouillait de monde, les pinards étaient super, la bouffe «saveurs vraies». Et Juan avait élégamment paré au dilemme musical «je mets des tubes de ma jeunesse qui font vieux con ou je fais venir un DJ qui scratche une miouze que je déteste mais que je feins d’aimer?» en engageant un quintette tzigane kusturicesque qui jouait des choses balkaniques et tonitruantes.
Tout ça a dû me tourner la tête. Parce qu’il m’a fallu quatre verres de rouge pour remarquer que tous ceux qui étaient là avaient pris un sacré coup de vieux depuis la dernière fois où je les avais vus. Juan y compris. C’est à ce moment que le chéri a lâché à mon attention un discret mais irrévocable «T’inquiète pas, nous aussi!»
Le chéri et moi, nous nous sommes donc rendus à sa petite fiesta. Une réussite. Ça grouillait de monde, les pinards étaient super, la bouffe «saveurs vraies». Et Juan avait élégamment paré au dilemme musical «je mets des tubes de ma jeunesse qui font vieux con ou je fais venir un DJ qui scratche une miouze que je déteste mais que je feins d’aimer?» en engageant un quintette tzigane kusturicesque qui jouait des choses balkaniques et tonitruantes.
Tout ça a dû me tourner la tête. Parce qu’il m’a fallu quatre verres de rouge pour remarquer que tous ceux qui étaient là avaient pris un sacré coup de vieux depuis la dernière fois où je les avais vus. Juan y compris. C’est à ce moment que le chéri a lâché à mon attention un discret mais irrévocable «T’inquiète pas, nous aussi!»
4 octobre 2005
Le poids des héroïnes (2)
Je vous racontais la semaine dernière le faux-pas majeur et incompréhensible qu’avaient commis le scénariste de «Lost» et Dennis Lehane: sous-entendre que quelque part, leur irrésistible héroïne respective était irrésistible parce qu’elle taillait 34. C’était comme si le tube cathodique et les pages de <em>Ténèbres, prenez-moi par la main</em> m’avaient lâché en pleine poire «Hé la grosse, tu seras jamais comme elles!» Un sacré coup.
Mon moral avait cru reprendre du poil de la bête avec «Enough». Dans ce nanar, sur lequel j’étais tombée un soir de zapping, Jennifer Lopez joue le rôle d’une femme battue qui décide d’apprendre à boxer, histoire de casser la gueule à son salaud de mari. Le film est moyen, mais JLo-je-sors-mes-fesses y a une réplique délicieuse: elle dit qu’il lui faut une doublure qui «mesure 1m63 et pèse 62 kilos», comme elle. Ça, c’est du scénario! me suis-je dit avec enthousiasme. Enfin un truc crédible! Et pour me convaincre un peu plus, j’ai néantisé le fait que JLo a failli épouser Ben Affleck, que sa zique est atroce et j’ai décidé de regarder le film jusqu’au bout.
Tout ça, c’était avant que notre Latina calliphyge lâche un pet au visage d’une serveuse (authentique). Depuis, même en toute mauvaise foi, je ne peux plus me dire: «Les maigrichonnes, je m’en tamponne, moi, je suis comme Jennifer Lopez.» Alors j’ai recommencé à lire Lehane et je me repasse «Lost». En caressant l’espoir qu’un jour, peut-être, un auteur de génie imaginera une héroïne que sa troublante façon de dégainer les crackers rend totalement irrésistible.
Mon moral avait cru reprendre du poil de la bête avec «Enough». Dans ce nanar, sur lequel j’étais tombée un soir de zapping, Jennifer Lopez joue le rôle d’une femme battue qui décide d’apprendre à boxer, histoire de casser la gueule à son salaud de mari. Le film est moyen, mais JLo-je-sors-mes-fesses y a une réplique délicieuse: elle dit qu’il lui faut une doublure qui «mesure 1m63 et pèse 62 kilos», comme elle. Ça, c’est du scénario! me suis-je dit avec enthousiasme. Enfin un truc crédible! Et pour me convaincre un peu plus, j’ai néantisé le fait que JLo a failli épouser Ben Affleck, que sa zique est atroce et j’ai décidé de regarder le film jusqu’au bout.
Tout ça, c’était avant que notre Latina calliphyge lâche un pet au visage d’une serveuse (authentique). Depuis, même en toute mauvaise foi, je ne peux plus me dire: «Les maigrichonnes, je m’en tamponne, moi, je suis comme Jennifer Lopez.» Alors j’ai recommencé à lire Lehane et je me repasse «Lost». En caressant l’espoir qu’un jour, peut-être, un auteur de génie imaginera une héroïne que sa troublante façon de dégainer les crackers rend totalement irrésistible.
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