Lumi et moi, on s'est retrouvé la semaine dernière autour d'une bière pour un échange de prisonniers: le chapeau Robin des Bois que le cadet avait oublié chez elle contre les 8 DVD que je lui avais empruntés il y a euhh... six mois - en lui promettant de les lui rendre «dans deux semaines maxi». Etant donné mon degré record de télé-addiction, ce retard tient du phénomène inexpliqué.
La première hypothèse pétrie d'autoapitoiement qui m'est venue à l'esprit, ce sont les épuisants impondérables de la vie de famille. Genre: «Quand t'as des enfants, t'es tellement sur les rotules, que t'as même plus le temps ni la force de regarder la télé.» Tu parles! m'a rétorqué mon quotidien. A raison: je passe mes soirées scotchée au poste.
C'est au moment où Lumi et moi tendions nos bols apéritifs vers le serveur pour qu'il les remplisse de cacahuètes, que le véritable motif m'a foudroyée: ce qui m'a empêché de regarder les 8 films de Lumi, c'est précisément le fait que ce sont... des films. Qui par nature bouclent l'affaire en deux heures chrono et dont les personnages ne deviendront jamais mes compagnons parce qu'ils se débinent définitivement à la fin. Cette trahison, mon inconscient s'en accommode de moins en moins depuis qu'il a fait la connaissance de Jack Bauer, de Bree et de tous ces autres exquis série-héros, qui eux, ne sont pas comme ça: qui l'aiment ample, itérative, complexe et qui ne demandent qu'à revenir pour mieux me hanter.
Histoire de faire, dans le paradigme toxico-délice, encore plus fort que la cacahuète.
16 décembre 2006
9 décembre 2006
La magie de l'Avent
Sam et Cora avaient décidé cette année d'initier Tessa et ses 2 ans à la magie de l'Avent. Avec calendrier, couronne, rites archétypaux de la Saint-Nicolas (inventés par eux mais très crédibles dans leur rôle archétypal), biscuits maison, etc. Un programme pétri de frénésie pré-deuxième enfant. Sam et Cora savent en effet, pour avoir observé leurs amis-qui-en-ont-déjà-deux, que dès l'année prochaine, toute velléité de transmettre ces «rites essentiels et fondateurs qui vont au-delà du consumérisme» sera automatiquement frappée du verdict «irréalisable et foutu d'avance».
Mais neuf jours après le lancement de cette effervescence adventique, leur élan bat déjà de l'aile. Motif: Tessa les lessive chaque jour un peu plus, notamment en se réveillant tous les matins à 4 heures pour découvrir ce qui se cache dans la pochette du calendrier (une chose en feutrine difficile à identifier au premier coup d'œil, mais cousue par Cora qui jure avoir suivi à la lettre des indications téléchargées sur le net). Tessa a également passé toute la nuit du 6 au 7 décembre à hurler dans son sommeil, rêvant manifestement qu'elle se faisait manger par le Saint Nicolas aperçu l'après-midi même dans la forêt, lors du fameux «rite archétypal» organisé par ses parents.
Hier, Cora et Sam ont donc décidé de mettre fin à la magie de l'Avent en faisant disparaître la couronne et le calendrier. Et ont offert à Tessa, «en avance pour Noël» (et surtout pour la sauver du désespoir), la ferme aux animaux Duplo. Sans bergers, ni bœuf, ni âne gris.
Mais neuf jours après le lancement de cette effervescence adventique, leur élan bat déjà de l'aile. Motif: Tessa les lessive chaque jour un peu plus, notamment en se réveillant tous les matins à 4 heures pour découvrir ce qui se cache dans la pochette du calendrier (une chose en feutrine difficile à identifier au premier coup d'œil, mais cousue par Cora qui jure avoir suivi à la lettre des indications téléchargées sur le net). Tessa a également passé toute la nuit du 6 au 7 décembre à hurler dans son sommeil, rêvant manifestement qu'elle se faisait manger par le Saint Nicolas aperçu l'après-midi même dans la forêt, lors du fameux «rite archétypal» organisé par ses parents.
Hier, Cora et Sam ont donc décidé de mettre fin à la magie de l'Avent en faisant disparaître la couronne et le calendrier. Et ont offert à Tessa, «en avance pour Noël» (et surtout pour la sauver du désespoir), la ferme aux animaux Duplo. Sans bergers, ni bœuf, ni âne gris.
2 décembre 2006
Ode à la mandoche
Cette année, novembre a lamentablement échoué dans son identité sinistre: ni averses plombantes qui s'éternisent, ni stratus matinal persistant. Et surtout, cet air doux, écœurant, qui s'est invité sans qu'on lui ait rien demandé: il nous a sabordé toute chance de gelées et a refusé à mon biorythme son comptant de lugubre. Heureusement, comme le réchauffement climatique n'influence pas la marche vers le solstice d'hiver, ça fait trois semaines que nous petit-déjeunons dans le noir, malgré le cerisier en fleurs, ouf!
Il est une autre incontournable qui n'a pas failli au rancart de novembre: la mandarine! Merveilleuse, rebondie, avec son inimitable acidité de début de saison qui vous met tous les récepteurs en folie, Sa Majesté la mandoche qu'on pèle et qu'on gloutonne à longueur de journée, dont le zeste laisse une couche cireuse et amère sur les doigts! Exquise clémentine qui sait vous faire imaginer la neige et qui ne demande qu'à former de savoureux et astringents traits d'union entre les moments-clé d'un long grignotage 100% météo moche: salsiz, Chocmel, panettone et chips paprika.
Mais ce qui fait surtout l'intensité du bonheur mandarinique, c'est qu'il est de courte durée. A Noël au plus tard, les clémentines auront oublié leurs ascendants citronnés pour se faire farineuses et sucrines - façon mois de novembre raté. Qu'à cela ne tienne, on pourra quand même compter sur nos mandoches aux pires moments de l'hystérie natale: par exemple quand on n'a plus que le catalogue Playmobil à lire et des Bruns de Bâle à manger.
Il est une autre incontournable qui n'a pas failli au rancart de novembre: la mandarine! Merveilleuse, rebondie, avec son inimitable acidité de début de saison qui vous met tous les récepteurs en folie, Sa Majesté la mandoche qu'on pèle et qu'on gloutonne à longueur de journée, dont le zeste laisse une couche cireuse et amère sur les doigts! Exquise clémentine qui sait vous faire imaginer la neige et qui ne demande qu'à former de savoureux et astringents traits d'union entre les moments-clé d'un long grignotage 100% météo moche: salsiz, Chocmel, panettone et chips paprika.
Mais ce qui fait surtout l'intensité du bonheur mandarinique, c'est qu'il est de courte durée. A Noël au plus tard, les clémentines auront oublié leurs ascendants citronnés pour se faire farineuses et sucrines - façon mois de novembre raté. Qu'à cela ne tienne, on pourra quand même compter sur nos mandoches aux pires moments de l'hystérie natale: par exemple quand on n'a plus que le catalogue Playmobil à lire et des Bruns de Bâle à manger.
25 novembre 2006
L'empreinte éducative
Marion a eu huit ans. Et réclamé à ses parents une «très grande fête d'anniversaire». Inutile de préciser qu'Isabel et Juan n'étaient pas chauds. D'avance ils voyaient le plan: Marion allait inviter une vingtaine de gosses, que leurs parents s'empresseraient de venir déposer chez eux pour se casser vite fait, trop contents d'une pareille aubaine.Ils ont pourtant fini par dire oui à Marion après avoir pris deux décisions majeures: limiter drastiquement le nombre d'invités et, surtout, mettre le paquet pour ne pas laisser «ces parents irresponsables» s'en tirer comme ça. Ils ont donc interminablement retenus les «géniteurs de seconde zone» sur le pas de leur porte en roucolant: «Vous ne voulez pas rester? Allons! Même pas pour le café? Ah, et nous qui comptions tant sur vous! Non? Vous êtes certain?»
Après avoir supplicié les parents, Isabel et Juan ont coiffé les enfants de chapeau turlututu, puis amené le gâteau. Marion a vaillamment soufflé ses bougies, puis elle a clamé à la cantonade avant de se rasseoir: «Et le premier qui dit que le gâteau est pas bon ou qui fait beurk, il va manger sur le balcon!!!»
Isabel et Juan ont cru mourir de honte. Et trouvé «horrible» d'entendre leurs propres mots sortir de la bouche de leur enfant: «C'était tellement... hors contexte éducatif! a gémi Isabel. C'était si odieux, si arbitraire, si... tyrannique!» «Mais heureusement, tous les parents s'étaient débinés, a fait Juan avec soulagement. Eux, c'est sûr, on n'aurait jamais réussi à les amnésier avec les fraises Tagada!»
Après avoir supplicié les parents, Isabel et Juan ont coiffé les enfants de chapeau turlututu, puis amené le gâteau. Marion a vaillamment soufflé ses bougies, puis elle a clamé à la cantonade avant de se rasseoir: «Et le premier qui dit que le gâteau est pas bon ou qui fait beurk, il va manger sur le balcon!!!»
Isabel et Juan ont cru mourir de honte. Et trouvé «horrible» d'entendre leurs propres mots sortir de la bouche de leur enfant: «C'était tellement... hors contexte éducatif! a gémi Isabel. C'était si odieux, si arbitraire, si... tyrannique!» «Mais heureusement, tous les parents s'étaient débinés, a fait Juan avec soulagement. Eux, c'est sûr, on n'aurait jamais réussi à les amnésier avec les fraises Tagada!»
18 novembre 2006
Notre pain quotidien
L'aîné me tanne tout le week-end, six fois par jour: «T'oublies pas, Maman, hein? La maîtresse nous a dit d'amener mardi de la pâte à pain pour la matinée en forêt!» A quoi je réponds tout le week-end, six fois par jour: «Je n'oublie pas.» Lundi soir, l'aîné remet ça, façon petit Machiavel: «Maman, je crois que je vais demander à Papa de faire la pâte. Lui, je sais qu'il oublie pas.» A quoi je réponds, piquée au vif par ce «lui» extatique, alors que la pâte à pain fait typiquement partie des choses «scolaires» que le chéri oublie régulièrement: «Je m'en occupe.»
Ouf! Marmaille au lit, le chéri de sortie, à moi la soirée, avec un programme TV au top: la 2 de «Desperate Housewives», suivie de la 2 de «Grey's Anatomy», suivie de la 2 de «Lost», suivie d'une émission sportive sans intérêt (mais ça permet de faire des trucs pour lesquels on n'a jamais le temps, comme se laver les cheveux, s'épiler...), suivie de la 2 de «Dr House», le misanthrope... Suis au plume à minuit moins le quart. M'endors fissa, comblée. N'entends pas le chéri rentrer.
Réveil brutal à 3 heures du matin: je viens de rêver que Bree se faisait opérer par le Dr Shepard avant que Meredith Grey fasse irruption dans la salle d'op avec Kate et Lynette en disant «4, 8, 15, 16, 23, 42». Sursaut horrifié: la pâte à pain! Je fonce à la cuisine. Où le chéri en caleçon est déjà en train de pétrir hargneusement dans le noir. Il pointe un doigt enfariné sur sa poitrine et lâche en plissant les yeux un diagnostic cruel et very Dr House: «Moi, au moins, j'oublie pas!»
Ouf! Marmaille au lit, le chéri de sortie, à moi la soirée, avec un programme TV au top: la 2 de «Desperate Housewives», suivie de la 2 de «Grey's Anatomy», suivie de la 2 de «Lost», suivie d'une émission sportive sans intérêt (mais ça permet de faire des trucs pour lesquels on n'a jamais le temps, comme se laver les cheveux, s'épiler...), suivie de la 2 de «Dr House», le misanthrope... Suis au plume à minuit moins le quart. M'endors fissa, comblée. N'entends pas le chéri rentrer.
Réveil brutal à 3 heures du matin: je viens de rêver que Bree se faisait opérer par le Dr Shepard avant que Meredith Grey fasse irruption dans la salle d'op avec Kate et Lynette en disant «4, 8, 15, 16, 23, 42». Sursaut horrifié: la pâte à pain! Je fonce à la cuisine. Où le chéri en caleçon est déjà en train de pétrir hargneusement dans le noir. Il pointe un doigt enfariné sur sa poitrine et lâche en plissant les yeux un diagnostic cruel et very Dr House: «Moi, au moins, j'oublie pas!»
11 novembre 2006
Le casque, up to date
Marc a récemment acheté un like-a-bike à son fils Leo. «C'est beaucoup mieux que le vélo à petites roues, explique volontiers Marc à propos de ce vélo en bois, sans pédales et hautement pédagogique. Ça leur apprend directement à trouver l'équilibre, tu vois?» Et c'est d'ailleurs avec un Leo casqué comme il se doit selon les normes du bpa et filant à toute allure sur son like-a-bike que Marc s'est rendu l'autre jour à la place de jeux de son quartier.
D'habitude, Marc savoure ses entrées en scène entre balançoires et tape-cul, conscient du subtil sex appeal dont rayonne les pères qui s'impliquent. Mais cette fois-là, Marc a surtout senti le regard glacial que les mamans assises sur les bancs du parc lui ont jeté au moment où Leo a jeté de côté son like-a-bike pour allers escalader la tour du supertobogan circulaire. Finalement, l'une de ces mères s'est levée pour aller se planter devant Marc. «Vous êtes total irresponsable ou quoi? lui a-t-elle demandé. Vous savez pas que c'est hyperdangereux de laisser les enfants garder leur casque sur l'aire de jeux? Il y a déjà eu plein d'accidents, mais ça, vous vous en foutez, ce qui compte, c'est de venir frimer avec son pseudo-vélo à 200 balles, hein? C'est tellement plus valorisant que de prendre le temps de décasquer son enfant!»
Elle est repartie aussi sec sans laisser à Marc le temps de répondre. Heureusement Léo a flanqué à cette seconde un solide coup de boule (casqué) dans le ventre de la fille de la mère en colère. Et là, Marc a su qu'il avait bien élevé son fils.
D'habitude, Marc savoure ses entrées en scène entre balançoires et tape-cul, conscient du subtil sex appeal dont rayonne les pères qui s'impliquent. Mais cette fois-là, Marc a surtout senti le regard glacial que les mamans assises sur les bancs du parc lui ont jeté au moment où Leo a jeté de côté son like-a-bike pour allers escalader la tour du supertobogan circulaire. Finalement, l'une de ces mères s'est levée pour aller se planter devant Marc. «Vous êtes total irresponsable ou quoi? lui a-t-elle demandé. Vous savez pas que c'est hyperdangereux de laisser les enfants garder leur casque sur l'aire de jeux? Il y a déjà eu plein d'accidents, mais ça, vous vous en foutez, ce qui compte, c'est de venir frimer avec son pseudo-vélo à 200 balles, hein? C'est tellement plus valorisant que de prendre le temps de décasquer son enfant!»
Elle est repartie aussi sec sans laisser à Marc le temps de répondre. Heureusement Léo a flanqué à cette seconde un solide coup de boule (casqué) dans le ventre de la fille de la mère en colère. Et là, Marc a su qu'il avait bien élevé son fils.
4 novembre 2006
La débauche, mode d'emploi
Chantal et Patrick ont envoyé les jumeaux chez les parents de Chantal pour quelques jours de vacances. Et savouré intensément cette période no-marmaille. Pas seulement pour la liberté retrouvée de gérer leur temps en adulte, de sortir abominablement tard le soir ou de faire des grasses mats coquines. Non, ce que Chantal et Patrick ont savouré par-dessus tout, c'est d'avoir soudain le droit de ne plus être les infaillibles gardiens du juste et du bien: de la nourriture saine, des horaires raisonnables, des loisirs à haute valeur pédagogique, du respect d'autrui et du refus de la dictature des marques.
Eux les pourfendeurs de la mondialisation et de la lobotomisation par les médias, ils se sont monumentalement lâché: en bâfrant des Big Mac à 4 heures du matin, en regardant Star Ac' à la télé, en buvant de l'alcool, en zonant en slip toute la journée, en se payant une paire de Pepe Jeans (pour Chantal) et un manteau Diesel (pour Patrick), en disant beaucoup de mal d'autrui ou en foudroyant du regard les parents d'enfants bruyants (donc mal élevés) aux bains thermaux.
Mais les jumeaux ont eux aussi fait des découvertes. Par exemple qu'il existe au pays de grand-maman et de grand-papa des délices éminemment subversifs, dont on refuse de reconnaître l'existence au pays de maman et de papa: des baskets Spiderman, des hamburgers pour les enfants, de longues émissions de télé devant lesquelles on mange des joujoux-chips... Et surtout, un max d'histoires hilarantes sur maman quand elle était petite et pas sage du tout.
Eux les pourfendeurs de la mondialisation et de la lobotomisation par les médias, ils se sont monumentalement lâché: en bâfrant des Big Mac à 4 heures du matin, en regardant Star Ac' à la télé, en buvant de l'alcool, en zonant en slip toute la journée, en se payant une paire de Pepe Jeans (pour Chantal) et un manteau Diesel (pour Patrick), en disant beaucoup de mal d'autrui ou en foudroyant du regard les parents d'enfants bruyants (donc mal élevés) aux bains thermaux.
Mais les jumeaux ont eux aussi fait des découvertes. Par exemple qu'il existe au pays de grand-maman et de grand-papa des délices éminemment subversifs, dont on refuse de reconnaître l'existence au pays de maman et de papa: des baskets Spiderman, des hamburgers pour les enfants, de longues émissions de télé devant lesquelles on mange des joujoux-chips... Et surtout, un max d'histoires hilarantes sur maman quand elle était petite et pas sage du tout.
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