Isabel et Juan sont ensemble depuis quinze ans et ils ont décidé de fêter ça à la sauce nostalgique: sur la plage carmaguaise où ils avaient passé leur premier week-end en amoureux. Tout un symbole, cette sublime langue de sable battue par les embruns, qu’à l’époque seuls de rares élus cool comme Juan connaissaient – «alors qu’aujourd’hui, c'est plein de campeurs et de familles, l'horreur, quoi», déplore Juan.
Mais pour leur week-end remember, la Providence s’est montrée clémente. Juan et Isabel ont pu se taper la cloche au resto gitan en ayant l’impression d’être seuls au monde. C’était tellement bon vieux temps que Juan s’est senti magiquement rajeunir et s’est félicité d’avoir emporté ses santiags – celles qu’il portait lors du fameux tour à cheval avec Isabel, il y a quinze ans, un tour à cheval chargé d’une tension sexuelle tellement insoutenable qu’il s’était terminé dans le premier bosquet de roseaux. Juan n’avait même pas eu le temps de retirer ses bottes.
Après le resto, ils ont regagné l’hôtel et Juan a tiré ses mythiques santiags de sa valise pour les brandir comme deux trophées. «Hé, hé!, a-t-il lancé. Tu les remets?» «Tu les as encore?», a fait Isabel. «Je veux!», a clamé Juan en les contemplant avec fierté. Isabel a réfléchi quelques secondes. Avant de dire: «Donc t’as toujours pas réalisé à quel point elles étaient grotesques, ces santiags?» Juan a ouvert la bouche, outré. Avant de dire: «Y’a quinze ans, tu crachais pas dessus!» «C’était le début! T’étais enthousiaste, je voulais pas te scier.» Juan était abasourdi. «Demain, je les mets pour le tour à cheval», a-t-il annoncé d’un air de défi. «Riche idée, a répondu Isabel. On aura tous les paparazzis aux fesses.» Juan l’a regardée sans comprendre. «Ben oui, a fait Isabel. Ils vont croire que Sarko est revenu jouer au cow-boy sur son camarguais!»
30 mai 2009
16 mai 2009
L’origan ne fait pas le printemps
Paolo a croisé Anke et ça l’a énervé parce que c’est chaque fois pareil et ça commence à bien faire. Ils se revoient depuis des mois. En toute décontraction. Sans ambiguïté. En amis. Et pourtant, ça ne loupe jamais. Chaque fois qu’Anke pénètre dans son champ de vision, Paolo la ressent, cette satanée morsure au ventre.
Donc quand Anke lui a fait signe depuis la terrasse du café, la morsure a fait son cinéma. Mais ça n'a pas empêché Paolo de feindre en pro l’air ravi de l’ami qui croise une amie pour laquelle il ne ressent «qu’une profonde affection». Il a pris place à côté d'elle, ils se sont commandé 3 décis avec des olives piment-origan et Anke a achevé de l’irriter en lui faisant comprendre que là, avec lui, le rosé et les olives, elle tuait juste le temps en attendant Dany. «Dany?», a demandé Paolo d’un air incrédule, comme si Dany était le prénom le plus débile de la Création. «Dany», a confirmé Anke en souriant de toutes ses dents.
En temps normal, Paolo aurait ressenti une haine sourde (effet secondaire de la morsure). Mais là, le large sourire qu’il lui a retourné était complètement sincère, parce qu’au coin de l'incisive d'Anke, le destin venait de lui faire signe – sous la forme d’une feuille d’origan. Et Dany qui allait débarquer! Qui ne pourrait plus détacher ses yeux de ce machin vert! Qui tenterait peut-être de faire comprendre à Anke le caractère embarrassant la situation… par exemple en commençant à se curer les dents! Ha Ha! Paolo s’est plongé avec délice dans la contemplation de la petite feuille d’origan. Elle était si mignonne! Si providentielle! Il aurait pu l’embrasser!
«Mais ça va pas?», s’est exclamée Anke tout à coup. Paolo a mis une seconde à réaliser que son visage n’était plus qu’à trois centimètres de celui d’Anke, ses lèvres juste en face des siennes. «Arrête de prendre tes désirs pour des réalités, a-t-il répliqué en se renversant dans son fauteuil d’un air dégagé. T’as un truc entre les dents et je voulais te... Mais bon, si tu tiens absolument à ce que Dany te découvre sous ton jour canine aromatique...»
Donc quand Anke lui a fait signe depuis la terrasse du café, la morsure a fait son cinéma. Mais ça n'a pas empêché Paolo de feindre en pro l’air ravi de l’ami qui croise une amie pour laquelle il ne ressent «qu’une profonde affection». Il a pris place à côté d'elle, ils se sont commandé 3 décis avec des olives piment-origan et Anke a achevé de l’irriter en lui faisant comprendre que là, avec lui, le rosé et les olives, elle tuait juste le temps en attendant Dany. «Dany?», a demandé Paolo d’un air incrédule, comme si Dany était le prénom le plus débile de la Création. «Dany», a confirmé Anke en souriant de toutes ses dents.
En temps normal, Paolo aurait ressenti une haine sourde (effet secondaire de la morsure). Mais là, le large sourire qu’il lui a retourné était complètement sincère, parce qu’au coin de l'incisive d'Anke, le destin venait de lui faire signe – sous la forme d’une feuille d’origan. Et Dany qui allait débarquer! Qui ne pourrait plus détacher ses yeux de ce machin vert! Qui tenterait peut-être de faire comprendre à Anke le caractère embarrassant la situation… par exemple en commençant à se curer les dents! Ha Ha! Paolo s’est plongé avec délice dans la contemplation de la petite feuille d’origan. Elle était si mignonne! Si providentielle! Il aurait pu l’embrasser!
«Mais ça va pas?», s’est exclamée Anke tout à coup. Paolo a mis une seconde à réaliser que son visage n’était plus qu’à trois centimètres de celui d’Anke, ses lèvres juste en face des siennes. «Arrête de prendre tes désirs pour des réalités, a-t-il répliqué en se renversant dans son fauteuil d’un air dégagé. T’as un truc entre les dents et je voulais te... Mais bon, si tu tiens absolument à ce que Dany te découvre sous ton jour canine aromatique...»
2 mai 2009
Message In A Bottle
La scène représente deux copines (H et J) en voiture, en train d’écouter la chanson «No You Girls». H est au volant.
H et J (en chœur avec Alex Kapranos, groovy): Oooooh kiss me! Flick your cigarette and kiss me! H (forçant sur la basse): Kiss me where your eye won't met me! J: J’adooooore comme il dit ça…! H: Ouais, il est tellement… H accélère un coup. [CLONG CLONG] J: C’est quoi, ce bruit? H: Ah rien, juste une bouteille consignée qu’il faut que je ramène au magaze (balançant rythmiquement les épaules) Hit me! Hit me with your eyes so sweetly! J (enchaîne): Oh you know you know you know that… [CLONG] J: N’empêche que c’est chiant, ce bruit. H: Mais on s’en fout! (gutturale) I'd love to get to know you! J (paupières mi-closes): Mmmmmhh... Do you never wonder? J et H (en chœur, crescendo): Nooo Nooo Nooo... H prend un virage un peu sec. [CLONG CLONG] J: Hé non mais fais gaffe, quoi! Tu nous bousilles le chorus, là… H: T’as pas besoin de me regarder comme si je faisais exprès, tu sais! Coup de volant de H. [CLONG CLONG CLONG] J: Je veux pas être vache, mais là, froidement, tu nous niques une chanson d’enfer juste pour pas perdre… 50 centimes? H: C’est dégueulasse et mesquin, ce que tu dis. J: Mais c’est vrai, ça nous kille tout! H: Laisse tomber. H éteint l’autoradio. J: Oh, arrête de tout prendre de travers! H: Non, non, j’ai parfaitement pigé. Tu trouves que ma bagnole est une poubelle, que moi je suis râteau… J: Pas du tout. H plante sur les freins. [CLONG CLONG CLONG CLONG] H: Tu sais quoi? Descends de ma bagnole! J (stupéfaite): Mais ça va pas? H (fâchée): Dégage, j’ai dit! J: Quoi? H (très fâchée): DÉGAGE!!!
J descend de la voiture et évite de justesse la bouteille vide que H lui balance à la tête avant de redémarrer en trombe. De l'autre côté de la route, Alex Kapranos secoue la tête avec consternation.
H et J (en chœur avec Alex Kapranos, groovy): Oooooh kiss me! Flick your cigarette and kiss me! H (forçant sur la basse): Kiss me where your eye won't met me! J: J’adooooore comme il dit ça…! H: Ouais, il est tellement… H accélère un coup. [CLONG CLONG] J: C’est quoi, ce bruit? H: Ah rien, juste une bouteille consignée qu’il faut que je ramène au magaze (balançant rythmiquement les épaules) Hit me! Hit me with your eyes so sweetly! J (enchaîne): Oh you know you know you know that… [CLONG] J: N’empêche que c’est chiant, ce bruit. H: Mais on s’en fout! (gutturale) I'd love to get to know you! J (paupières mi-closes): Mmmmmhh... Do you never wonder? J et H (en chœur, crescendo): Nooo Nooo Nooo... H prend un virage un peu sec. [CLONG CLONG] J: Hé non mais fais gaffe, quoi! Tu nous bousilles le chorus, là… H: T’as pas besoin de me regarder comme si je faisais exprès, tu sais! Coup de volant de H. [CLONG CLONG CLONG] J: Je veux pas être vache, mais là, froidement, tu nous niques une chanson d’enfer juste pour pas perdre… 50 centimes? H: C’est dégueulasse et mesquin, ce que tu dis. J: Mais c’est vrai, ça nous kille tout! H: Laisse tomber. H éteint l’autoradio. J: Oh, arrête de tout prendre de travers! H: Non, non, j’ai parfaitement pigé. Tu trouves que ma bagnole est une poubelle, que moi je suis râteau… J: Pas du tout. H plante sur les freins. [CLONG CLONG CLONG CLONG] H: Tu sais quoi? Descends de ma bagnole! J (stupéfaite): Mais ça va pas? H (fâchée): Dégage, j’ai dit! J: Quoi? H (très fâchée): DÉGAGE!!!
J descend de la voiture et évite de justesse la bouteille vide que H lui balance à la tête avant de redémarrer en trombe. De l'autre côté de la route, Alex Kapranos secoue la tête avec consternation.
18 avril 2009
Barbie pascale
Chantal a souvent gardé Tessa ces derniers temps et au début, Cora trouvait que c’était une excellente chose pour empêcher sa fille de filer du mauvais coton: Tessa est en effet de plus en plus rose&Barbie addict et Cora trouve cette évolution atroce. Rien de tel, s’est-elle donc dit, que de l’envoyer rouler un bon coup dans la gadoue avec Louis et Hugo, «ces petites brutes crasseuses qui passent leur temps à se flanquer sur le citron» – Cora n’a évidemment pas formulé les choses comme ça devant Chantal.
Au début, tout se passait merveilleusement: chaque fois qu’elle allait la récupérer, Tessa semblait avoir oublié toute inclination coquette et ses compétences de boxeuse étaient en nette progression. Seule ombre au tableau, Tessa s’est mise à parler comme Chantal: «Maman, c’est des MSC, nos sticks de poisson?» ou «Des fraises! Mais ça va pas! Les camions qui puent, ils ont fait puer tout le paysage pour les amener ici et c’est des pauvres monsieur africains qu’on a forcé à les planter sous des tentes en plastique dans de la terre qui est pas de la vraie terre!» Cora a d’abord pensé que ça allait lui passer. Mais Tessa a définitivement viré fliquette du panier de la ménagère, allant jusqu’à refuser de colorier les œufs de Pâques à l’école sous prétexte qu’ils n’étaient pas bio.
Heureusement, dimanche dernier, le Lapin de Pâques a remis les pendules à l’heure dans le jardin de Cora et Sam: en y cachant pour Tessa une somptueuse Barbie en robe de soirée rose à paillettes – et en glissant le bon d’échange dans le portefeuille de Sam, au cas où Tessa préférerait la tenue Sissi.
Au début, tout se passait merveilleusement: chaque fois qu’elle allait la récupérer, Tessa semblait avoir oublié toute inclination coquette et ses compétences de boxeuse étaient en nette progression. Seule ombre au tableau, Tessa s’est mise à parler comme Chantal: «Maman, c’est des MSC, nos sticks de poisson?» ou «Des fraises! Mais ça va pas! Les camions qui puent, ils ont fait puer tout le paysage pour les amener ici et c’est des pauvres monsieur africains qu’on a forcé à les planter sous des tentes en plastique dans de la terre qui est pas de la vraie terre!» Cora a d’abord pensé que ça allait lui passer. Mais Tessa a définitivement viré fliquette du panier de la ménagère, allant jusqu’à refuser de colorier les œufs de Pâques à l’école sous prétexte qu’ils n’étaient pas bio.
Heureusement, dimanche dernier, le Lapin de Pâques a remis les pendules à l’heure dans le jardin de Cora et Sam: en y cachant pour Tessa une somptueuse Barbie en robe de soirée rose à paillettes – et en glissant le bon d’échange dans le portefeuille de Sam, au cas où Tessa préférerait la tenue Sissi.
4 avril 2009
Ich bin ein Berliner...
Depuis plusieurs semaines, Marc était en proie à une nostalgie berlinoise à peine soutenable. Alors quand sa belle-mère a proposé d’emmener Leo à Euro Disney, Marc a aussitôt clamé: «Quelle excellente idée!». Puis il s’est rué sur son ordi afin de commander deux billets pour Berlin et de skyper Gerd, son ancien coloc végétalien de Kreuzberg, lequel leur a proposé illico une chambre dans la WG pour le week-end. Aucun doute: Berlin l’attendait! En atterrissant à Tegel, Marc a d’ailleurs senti monter en lui quelque chose comme une prise de conscience: Ich bin ein Berliner… C’était si profondément euphorisant que dès son arrivée à Kreuzberg, Marc s’est enfermé avec Julie dans la piaule de la WG et lui a arraché ses vêtements avec une ardeur remarquable.
Ils étaient déjà bien lancés quand tout à coup, quelque chose a fait boum au plafond. Ça leur a un peu coupé la chique, mais ils n’ont pas tardé à reprendre avec enthousiasme là où ils en étaient restés. Re-boum. Marc: «On s’en fout…» Julie: «Ouais…» Bruits intimes. Boum-boum. Marc n’en revenait pas: c’était tellement anti-Berlin cette manière de faire comprendre aux gens qu’ils dérangeaient. Ils devaient résister, brandir leur bulle érotique comme un statement. Mais quatre tentatives de reconstituer ladite bulle et sept boum plus tard, Julie et Marc ont fini par se rhabiller.
Le soir, ils ont pris l’apéro sur le toit de l’immeuble et Marc a demandé à Gerd qui étaient les voisins du dessus. «Un couple hypertolérant, avec un humour hyperberlinois», a répondu Gerd. Marc n’y comprenait plus rien. Est-ce que Berlin était toujours Berlin? Finalement, lesdits voisins, Dieter et Ursula, les ont rejoints sur le toit. Quelques bières plus tard, Dieter soufflait à Marc: «Au fait, pourquoi vous vous êtes arrêtés, ta femme et toi? Vous aviez pas compris qu’on plaisantait?»
Ils étaient déjà bien lancés quand tout à coup, quelque chose a fait boum au plafond. Ça leur a un peu coupé la chique, mais ils n’ont pas tardé à reprendre avec enthousiasme là où ils en étaient restés. Re-boum. Marc: «On s’en fout…» Julie: «Ouais…» Bruits intimes. Boum-boum. Marc n’en revenait pas: c’était tellement anti-Berlin cette manière de faire comprendre aux gens qu’ils dérangeaient. Ils devaient résister, brandir leur bulle érotique comme un statement. Mais quatre tentatives de reconstituer ladite bulle et sept boum plus tard, Julie et Marc ont fini par se rhabiller.
Le soir, ils ont pris l’apéro sur le toit de l’immeuble et Marc a demandé à Gerd qui étaient les voisins du dessus. «Un couple hypertolérant, avec un humour hyperberlinois», a répondu Gerd. Marc n’y comprenait plus rien. Est-ce que Berlin était toujours Berlin? Finalement, lesdits voisins, Dieter et Ursula, les ont rejoints sur le toit. Quelques bières plus tard, Dieter soufflait à Marc: «Au fait, pourquoi vous vous êtes arrêtés, ta femme et toi? Vous aviez pas compris qu’on plaisantait?»
21 mars 2009
Selfconfidence à l’épreuve
Mes enfants ont commencé le foot et remis aux calendes grecques l’éventuelle pratique d’un instrument de musique. Cette situation est le résultat d’un chef d’œuvre de manipulation. Extraits: «Tu sais, ce qu’il y a de bien avec le foot, maman, c’est qu’on est dehors. Ceux qui jouent d’un instrument, ils sont toujours enfermés.» «Et puis tu vois, si en plus on fait la musique, ça va faire trop, ça va nous stresser, comme ces enfants que les parents bourrent avec des tas d’activités et que toi tu dis que ces parents, ils sont cinglés.» «Moi, je veux faire de la musique, mais je veux jouer de la guitare électrique et y’a pas de guitare électrique pour les enfants. Alors je pourrai commencer seulement quand je serai grand.»
Bon, donc une fois le foot adopté et les carrières de violoncellistes envolées, il a fallu s’occuper des tenues. L’aîné et le cadet voulaient absolument revêtir les maillots polyester couverts de sponsors et les baskets dorées que leur a achetés ma belle-mère. Mais j’ai aussitôt mis le holà en leur assurant qu’à l’entraînement, <em>personne</em> n’était habillé comme ça. Le jour venu, mes enfants étaient les seuls sur le terrain à ne pas porter de tenues polyester – même les trois filles alibi en avaient avec dans le dos le nom d’un dieu shooteur en majuscules (une Frei, une Torres, une Hakin). Heureusement, les baskets dorées qu’ils avaient enfilées à mon insu leur ont sauvé la mise (Ronaldinho et Torres numéro 2 avaient les mêmes).
Bref, ma selfconfidence parentale est au plus bas et ça doit se voir. L’aîné m’a annoncé que la prochaine fois chez la coiffeuse, c’est lui qui donnerait les instructions. «Je lui dirai que je veux court devant et sur les oreilles, mais long derrière, avec des mèches.» J’ai dix jours pour déjouer ses plans tifs à la sauce Opel Manta.
Bon, donc une fois le foot adopté et les carrières de violoncellistes envolées, il a fallu s’occuper des tenues. L’aîné et le cadet voulaient absolument revêtir les maillots polyester couverts de sponsors et les baskets dorées que leur a achetés ma belle-mère. Mais j’ai aussitôt mis le holà en leur assurant qu’à l’entraînement, <em>personne</em> n’était habillé comme ça. Le jour venu, mes enfants étaient les seuls sur le terrain à ne pas porter de tenues polyester – même les trois filles alibi en avaient avec dans le dos le nom d’un dieu shooteur en majuscules (une Frei, une Torres, une Hakin). Heureusement, les baskets dorées qu’ils avaient enfilées à mon insu leur ont sauvé la mise (Ronaldinho et Torres numéro 2 avaient les mêmes).
Bref, ma selfconfidence parentale est au plus bas et ça doit se voir. L’aîné m’a annoncé que la prochaine fois chez la coiffeuse, c’est lui qui donnerait les instructions. «Je lui dirai que je veux court devant et sur les oreilles, mais long derrière, avec des mèches.» J’ai dix jours pour déjouer ses plans tifs à la sauce Opel Manta.
7 mars 2009
En toute honnêteté
Tout le monde a beau le considérer comme un salaud, Paolo, lui, s'est toujours vu comme un mec réglo. Ça ne veut pas dire, bien sûr, qu’il n’ait jamais fait de coup bas. Mais il les a toujours perpétrés en toute honnêteté.
Par exemple il n'a jamais caché à Anke qu'il la plaquait parce qu’il avait envie de se taper d’autres nanas. C’était vache, d’accord, mais c’était réglo parce que c’était honnête. Autre exemple plus récent, son coup de maître professionnel: l’éviction de Jim le Néo-Zélandais du poste de directeur de l’institut. Paolo avait toujours dit à Jim qu’il voulait le poste. Pas hargneusement, bien sûr, mais en riant et en lui tapant sur l’épaule autour de quelques bières. C’était peut-être tordu, mais il n’avait rien dissimulé. Ça n’avait pas empêché Jim de faire celui qui tombait des nues quand il avait appris qu'au dernier congrès, Paolo avait séduit Hillary, l'experte américaine, ET June, la fiancée de Jim. Okay, sa stratégie de déstabilisation était discutable, Paolo l’admettait volontiers. Mais c’était réglo parce qu'il avait agi en toute honnêteté.
«Ça tient pas, ce que tu dis, affirme Sam en vidant sa chope. Tu cherches une excuse pseudo-noble pour te dire que t’es pas un salaud. Alors que t’es un salaud.» «Moi je trouve que ça tient parfaitement», estime Sean. «Forcément, t’es Amércian et t’es un requin, rétorque Sam. Ton avis ne compte pas.» Mais Sean persiste: «En fait, je dirais même que t’es maladivement honnête. Il t’est déjà arrivé de resquiller?» Paolo réfléchit avant de lâcher: «Non, en fait jamais.» «J’en étais sûr!, exulte Sean. Et tu veux que je te dise pourquoi? Parce que ça te fait moins mal de payer ton ticket que d’être incapable de raconter un bobard au contrôleur.» «T’as raison, dit Paolo, stupéfait. C’est exactement ça. Comment t’as fait pour savoir?» «C’est l’avantage d’être Américain, fait Sean. On a chacun son analyste.»
Par exemple il n'a jamais caché à Anke qu'il la plaquait parce qu’il avait envie de se taper d’autres nanas. C’était vache, d’accord, mais c’était réglo parce que c’était honnête. Autre exemple plus récent, son coup de maître professionnel: l’éviction de Jim le Néo-Zélandais du poste de directeur de l’institut. Paolo avait toujours dit à Jim qu’il voulait le poste. Pas hargneusement, bien sûr, mais en riant et en lui tapant sur l’épaule autour de quelques bières. C’était peut-être tordu, mais il n’avait rien dissimulé. Ça n’avait pas empêché Jim de faire celui qui tombait des nues quand il avait appris qu'au dernier congrès, Paolo avait séduit Hillary, l'experte américaine, ET June, la fiancée de Jim. Okay, sa stratégie de déstabilisation était discutable, Paolo l’admettait volontiers. Mais c’était réglo parce qu'il avait agi en toute honnêteté.
«Ça tient pas, ce que tu dis, affirme Sam en vidant sa chope. Tu cherches une excuse pseudo-noble pour te dire que t’es pas un salaud. Alors que t’es un salaud.» «Moi je trouve que ça tient parfaitement», estime Sean. «Forcément, t’es Amércian et t’es un requin, rétorque Sam. Ton avis ne compte pas.» Mais Sean persiste: «En fait, je dirais même que t’es maladivement honnête. Il t’est déjà arrivé de resquiller?» Paolo réfléchit avant de lâcher: «Non, en fait jamais.» «J’en étais sûr!, exulte Sean. Et tu veux que je te dise pourquoi? Parce que ça te fait moins mal de payer ton ticket que d’être incapable de raconter un bobard au contrôleur.» «T’as raison, dit Paolo, stupéfait. C’est exactement ça. Comment t’as fait pour savoir?» «C’est l’avantage d’être Américain, fait Sean. On a chacun son analyste.»
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