Samedi dernier, c’était Halloween et pour Chantal, cette date est le symbole du supplice absolu. D’abord, «parce que ça nous a été imposé par les Américains et leur mentalité mercantile»: les maquillages hideux, les hordes de gosses armées de sacs qui sonnent à sa porte et font la moue quand elle leur donne des friandises en pâte de fruit 100% naturelle. En plus, depuis que Chantal ne peut plus les enclaver dans un univers barbelé de feutrine faite à la main et de touchants bricolages de feuilles mortes, Hugo et Louis la tannent chaque année pour «faire Halloween comme les copains». Mais surtout, Chantal hait Halloween parce les sourires sardoniques des courges lui rappellent le film «About a Boy»: un nanar facile et commercial, estime Chantal. Mais qui l’a quand même marquée à cause de cette mère cinglée qui fait de son fils un paria mobbé parce qu’elle s’accroche à ses convictions new age et macrobiotiques. Bon, il faut dire que Patrick contribue de manière sadique et systématique à cette association: chaque fois qu’elle s’élève contre Halloween, il lui dit «T’as mis ta veste de yeti, là?», en allusion à la veste hirsute que la mère cinglée porte dans le film. Halloween l’immerge donc chaque fois dans un dilemme atroce: doit-elle mener envers et contre son combat contre le conformisme impérialiste, au risque de faire de ses enfants des Marcus? Ou céder?
Elle a bien tenté une échappatoire: «On devrait leur montrer que les Américains nous ont spoliés de notre fête des morts», a-t-elle suggéré à Patrick. «La Toussaint?» «Mais oui!» «T’as jamais fêté la Toussaint.» «Peu importe!» «Donc au lieu de les laisser s’éclater avec leurs copains, tu veux les emmener au cimetière mettre de la bruyères sur des tombes?» Chantal sentait plus que jamais les poils de yeti et des larmes de désespoir lui piquer les yeux. Alors Patrick a eu pitié d’elle. Il l’a prise dans ses bras et lui a demandé: «Si je trouve une solution culturelle, tu viens avec moi voir ‘Star Trek’? Il repasse le soir du 31.» Chantal a frissonné de dégoût, mais elle n’avait pas le choix, elle a dit oui.
«Où sont les enfants?», a-t-elle demandé le 31 au soir en rentrant du yoga. «Ils fêtent Halloween aux Etats-Unis», a répondu Patrick. Chantal l’a regardé sans comprendre. «Ils sont chez Sean, a précisé Patrick. Pour la monstre Halloween-party des expats américains. T’es prête? On va au ciné?»
7 novembre 2009
24 octobre 2009
Faire péter le micro
Les garçons ont dit au chéri qu’ils voulaient danser «comme en boîte» et le chéri a été sympa. Il leur a branché la lampe Philipps Living Colors, que nous a offerte Chantal pour sauver le climat et qui (même si elle ne sauve pas le climat à cause de son transformateur bouffeur de watts) a fait un light show très passable. L’aîné et le cadet ont poussé des cris de joie en découvrant cette vertigineuse alternance de mauve, de rouge baffe et de jaune citron. Ils ont derechef lancé la miouze et se sont rués sur leur «piste» – entre le lit à étages et leur gratte-ciel de cartes Yu-Gi-Oh et d’autocollants Stickermania.
Je dois avouer qu’ils m’ont coupé la chique. Quand j’étais mouflette, tous les garçons détestaient danser. Alors que mes micro-gaillards, eux, se déchaînaient avec un plaisir évident, ondulant des hanches, claquant des doigts, virevoltant des guiboles. Incroyable! Une révolution avait eu lieu!
Emballé par tant de talent, le chéri a alors ajouté un micro à la sono, si bien que la séance <em>dance </em>s’est muée en <em>karaoke-session</em>. Les chérubins ne se le sont pas fait dire deux fois et se sont mis à crooner à gorge déployée «monimonimoni» et «teïnteud looove». L’ambiance chauffait un max. Et comme le cadet braillait de plus en plus fort dans le micro, le chéri a fini par lui dire: «Tu veux faire péter le micro?» «Parce que c’est possible?», a demandé l’aîné. «Bien sûr, a fait le chéri. C’est super sensib...» L’aîné ne lui a pas laissé le temps de finir sa phrase. Il s’est emparé du micro et a couru avec à la salle de bain, d’où il a hurlé à son frère: «Il est assez long, le fil?» «Ouais!», a fait le cadet. «Yes!», a clamé l’aîné. Le chéri et moi, on s’est regardé sans comprendre. Quand tout à coup, le haut-parleur a lâché un pet retentissant. Colossal. Eléphantesque.
Alors que le cadet pleurait de rire et que l’aîné revenait hilare de la salle de bain, j’ai compris que je m’étais fourré le doigt dans l’oeil: en réalité, les garçons n’ont pas changé d’un pet.
Je dois avouer qu’ils m’ont coupé la chique. Quand j’étais mouflette, tous les garçons détestaient danser. Alors que mes micro-gaillards, eux, se déchaînaient avec un plaisir évident, ondulant des hanches, claquant des doigts, virevoltant des guiboles. Incroyable! Une révolution avait eu lieu!
Emballé par tant de talent, le chéri a alors ajouté un micro à la sono, si bien que la séance <em>dance </em>s’est muée en <em>karaoke-session</em>. Les chérubins ne se le sont pas fait dire deux fois et se sont mis à crooner à gorge déployée «monimonimoni» et «teïnteud looove». L’ambiance chauffait un max. Et comme le cadet braillait de plus en plus fort dans le micro, le chéri a fini par lui dire: «Tu veux faire péter le micro?» «Parce que c’est possible?», a demandé l’aîné. «Bien sûr, a fait le chéri. C’est super sensib...» L’aîné ne lui a pas laissé le temps de finir sa phrase. Il s’est emparé du micro et a couru avec à la salle de bain, d’où il a hurlé à son frère: «Il est assez long, le fil?» «Ouais!», a fait le cadet. «Yes!», a clamé l’aîné. Le chéri et moi, on s’est regardé sans comprendre. Quand tout à coup, le haut-parleur a lâché un pet retentissant. Colossal. Eléphantesque.
Alors que le cadet pleurait de rire et que l’aîné revenait hilare de la salle de bain, j’ai compris que je m’étais fourré le doigt dans l’oeil: en réalité, les garçons n’ont pas changé d’un pet.
10 octobre 2009
Sputnik: connecting...
Ça va bientôt faire vingt ans que le Mur de Berlin est tombé et plus cet anniversaire approche, plus Marc se sent vieux et plus il pense avec émotion à Sputnik, l’ex-Deutsche Jugendradio DT64 made in RDA. Une station de génie que Marc avait réentendue pour la première fois après toutes ces années lors de son dernier week-end à Berlin chez Gerd. Sputnik! DT64! Son mythe à lui! Sa bande-son à lui! La radio qu’il écoutait sans arrêt quand le Mur était tombé.
Donc depuis quelques temps, Marc répétait soixante fois par jour: «T’as pas une radio ici, pas une, qui arrive à la cheville de Sputnik!» Au point que Julie s’est dit qu’elle préférait devoir écouter Sputnik plutôt que Marc lui parler de Sputnik. Or comme Sputnik sévit aussi sur le web, elle est allée lui acheter un poste de radio Internet «qui marche super avec un wifi», a assuré le vendeur.
Marc a été ravi. Il a embrassé Julie avec fougue, déballé la bête et procédé à l’installation. Le poste a aussitôt indiqué «Connecting…». Mais quarante minutes plus tard, il n’indiquait toujours rien d’autre. «Je vais aller demander au vendeur», a dit Julie. Et le vendeur a dit: «Ça doit venir de votre routeur. Faut une plus grosse antenne.» Et Julie a allongé 40 balles pour une nouvelle antenne. Mais même avec la nouvelle antenne, le poste indiquait toujours «Connecting…» Alors le vendeur a vendu a Julie une antenne encore plus grosse à 120 balles. En vain. «La radio est naze, a conclu Marc. Mais t’as toujours le ticket, non?» «Bien sûr», a dit Julie. Mais elle a eu beau fouiller: le ticket avait disparu. Il n’y avait plus qu’une issue si elle ne voulait pas que la thérapie Sputnik de Marc lui coûte une fortune: elle a revêtu son plus joli décolleté à dentelles avant d’aller trouver le vendeur. Qui a d’abord dit «non», mais fini par dire «okay» quand Julie s’est penchée très en avant par-dessus le comptoir.
Depuis, Marc va beaucoup mieux. Il écoute Sputnik et a pris son billet pour aller trouver Gerd à Berlin en novembre. «Ce qu’il ne sait pas encore, a avoué Julie à Anke, c’est que pendant qu’il écoutera Sputnik avec Gerd dans cet apparte pas chauffé, moi je me ferai enduire de boue par un masseur ayurvédique à Goa.» «C’est de bonne guerre, a dit Anke. On a tous besoin de réconfort pour encaisser les coups de boutoir de l’Histoire.»
Donc depuis quelques temps, Marc répétait soixante fois par jour: «T’as pas une radio ici, pas une, qui arrive à la cheville de Sputnik!» Au point que Julie s’est dit qu’elle préférait devoir écouter Sputnik plutôt que Marc lui parler de Sputnik. Or comme Sputnik sévit aussi sur le web, elle est allée lui acheter un poste de radio Internet «qui marche super avec un wifi», a assuré le vendeur.
Marc a été ravi. Il a embrassé Julie avec fougue, déballé la bête et procédé à l’installation. Le poste a aussitôt indiqué «Connecting…». Mais quarante minutes plus tard, il n’indiquait toujours rien d’autre. «Je vais aller demander au vendeur», a dit Julie. Et le vendeur a dit: «Ça doit venir de votre routeur. Faut une plus grosse antenne.» Et Julie a allongé 40 balles pour une nouvelle antenne. Mais même avec la nouvelle antenne, le poste indiquait toujours «Connecting…» Alors le vendeur a vendu a Julie une antenne encore plus grosse à 120 balles. En vain. «La radio est naze, a conclu Marc. Mais t’as toujours le ticket, non?» «Bien sûr», a dit Julie. Mais elle a eu beau fouiller: le ticket avait disparu. Il n’y avait plus qu’une issue si elle ne voulait pas que la thérapie Sputnik de Marc lui coûte une fortune: elle a revêtu son plus joli décolleté à dentelles avant d’aller trouver le vendeur. Qui a d’abord dit «non», mais fini par dire «okay» quand Julie s’est penchée très en avant par-dessus le comptoir.
Depuis, Marc va beaucoup mieux. Il écoute Sputnik et a pris son billet pour aller trouver Gerd à Berlin en novembre. «Ce qu’il ne sait pas encore, a avoué Julie à Anke, c’est que pendant qu’il écoutera Sputnik avec Gerd dans cet apparte pas chauffé, moi je me ferai enduire de boue par un masseur ayurvédique à Goa.» «C’est de bonne guerre, a dit Anke. On a tous besoin de réconfort pour encaisser les coups de boutoir de l’Histoire.»
26 septembre 2009
Small World
Le SMS est arrivé dimanche sur le portable de Sam: «Maellys est née ce matin à 4h32! On vous embrasse, Ludo et Amalia». Ça alors!, s’est dit Sam. Ludo a une nana et il est papa! Puis il a réalisé qu'il n'avait pas revu Ludo depuis… vingt-deux ans. Et que Ludo ne lui avait jamais manqué. Quel salaud je suis, a pensé Sam. Et dire que Ludo, lui, s’était donné la peine de trouver son numéro de portable.
Sam a parlé de tout ça à Cora. Qui lui a rétorqué: «Maellys? Qu’est-ce que c’est que ce prénom débile?» «Arrête de juger, a dit Sam avec fermeté. Ce qui compte, c’est que Ludo ait trouvé quelqu’un qui apprécie sa loyauté à sa juste valeur.» «Donc on parle bien de ce mec un peu loose qui te collait aux basques quand on avait vingt ans?» «Ouais.» «Maigrichon, le nez de traviole?» «Exact.» «Hé bien ton Ludo si loyal, je l’ai aperçu hier soir au ciné. Et il tenait un autre mec par la main.» «Quoi! a fait Sam stupéfait. Non, t’as dû le confondre avec quelqu’un d’autre! Hier soir, Ludo il était avec sa femme qui accouchait et…» «C’est ça», a fait Cora d’un air entendu.
Sam a ruminé sa perplexité pendant deux jours. Ludo et… une double-vie? Ça paraissait si inconcevable! Sam a saisi son portable pour en avoir le cœur net. Il a tapé: «Au fait, Cora t’as vu samedi à Inglorious Basterds». Sur quoi Ludo a répondu: «Oui! Ai dû filer pendant séance pour chercher Amalia because contractions!» Nom de Dieu, a juré Sam. Alors Cora avait raison? Re-SMS de Ludo: «Qui est Cora?» «Ma femme. Tu te souviens pas d’elle?» «Tu sortais pas avec Muriel?» Sam a failli en lâcher son portable: Ludo savait pour Muriel!?! Sam s’est mis à réfléchir fébrilement: comment Ludo la tache pouvait être au courant de son aventure la plus secrète? Comme s’il lisait dans ses pensées, Ludo a smsé: «Cachotier!» Sam a senti la moutarde lui monter au nez. Il allait lui envoyer en retour un machin bien senti genre «Parle pour toi, pédale à mi-temps!», mais Ludo a été plus rapide avec son MMS. Sam a alors vu s’afficher sur son écran la photo d’un mec hilare qui tenait un bébé dans ses bras – et qu’il n’avait jamais vu de sa vie.
Sam a parlé de tout ça à Cora. Qui lui a rétorqué: «Maellys? Qu’est-ce que c’est que ce prénom débile?» «Arrête de juger, a dit Sam avec fermeté. Ce qui compte, c’est que Ludo ait trouvé quelqu’un qui apprécie sa loyauté à sa juste valeur.» «Donc on parle bien de ce mec un peu loose qui te collait aux basques quand on avait vingt ans?» «Ouais.» «Maigrichon, le nez de traviole?» «Exact.» «Hé bien ton Ludo si loyal, je l’ai aperçu hier soir au ciné. Et il tenait un autre mec par la main.» «Quoi! a fait Sam stupéfait. Non, t’as dû le confondre avec quelqu’un d’autre! Hier soir, Ludo il était avec sa femme qui accouchait et…» «C’est ça», a fait Cora d’un air entendu.
Sam a ruminé sa perplexité pendant deux jours. Ludo et… une double-vie? Ça paraissait si inconcevable! Sam a saisi son portable pour en avoir le cœur net. Il a tapé: «Au fait, Cora t’as vu samedi à Inglorious Basterds». Sur quoi Ludo a répondu: «Oui! Ai dû filer pendant séance pour chercher Amalia because contractions!» Nom de Dieu, a juré Sam. Alors Cora avait raison? Re-SMS de Ludo: «Qui est Cora?» «Ma femme. Tu te souviens pas d’elle?» «Tu sortais pas avec Muriel?» Sam a failli en lâcher son portable: Ludo savait pour Muriel!?! Sam s’est mis à réfléchir fébrilement: comment Ludo la tache pouvait être au courant de son aventure la plus secrète? Comme s’il lisait dans ses pensées, Ludo a smsé: «Cachotier!» Sam a senti la moutarde lui monter au nez. Il allait lui envoyer en retour un machin bien senti genre «Parle pour toi, pédale à mi-temps!», mais Ludo a été plus rapide avec son MMS. Sam a alors vu s’afficher sur son écran la photo d’un mec hilare qui tenait un bébé dans ses bras – et qu’il n’avait jamais vu de sa vie.
12 septembre 2009
Aléas boutichambreurs - double-suite
I. Tsss...
Sean s’était juré que la Boutichambre serait en ligne début septembre. Et il a foiré. Mais c’est vraiment pas faute d'avoir essayé. En fait, tout le monde s’est ligué contre lui. Il y a d’abord eu ce clash avec Juan qui a voulu se débiner – alors qu’il avait promis de s’occuper du layout, le fumier! Une occasion pareille, geignait Juan, il pouvait pas laisser passer: cinq jours sans Isabel ni Marion, nom d’un chien! Sean devait comprendre! Et surtout ne pas prendre personnellement. Parce que Juan allait enfin pouvoir retourner rouler des mécaniques et se rincer l’œil à la plage sans aucune arrière-pensée culpabilisatrice... Il lui suffirait de prendre une voix compréhensive le soir, au téléphone, quand Isabel appellerait, effondrée, depuis Barcelone, parce que Marion ne faisait aucun progrès en espagnol et refusait de manger avec sa famille d’accueil sous prétexte que c'était «un environnement obèsogène»…
«Entre nous, a confié Juan à Sean, moi je dis que Marion a raison. On n’est jamais trop prudent avec le gras.» «Mmh, a fait Sean. En fait, tu sais, quoi? Je m’en fous un peu.» «Pardon?», a crachoté Juan en avalant sa bière de travers. «Oh, le prends pas personnellement, a dit Sean. Je suis mono-orienté opportunités commerciales, en ce moment.» «Bien sûr, a dit Juan. C’est un sacré pari: se mettre en indépendant... à ton âge... avec ton passé... tsss...». «Tsss..., a fait Sean. C’est un peu comme toi à la plage, hein? Personne peut dire si t’arriveras à donner le change juste en rentrant le bide, pas vrai?»
Et hop, exit le layout: Juan a pris superpersonnellement.
II. Tope-là!
Il ne restait donc plus que Lumi, mais Lumi avait entamé les vacances en se faisant du souci pour Mati au lieu de se concentrer sur les accessoires boutichambreurs. «Il en va de la Finlande et de Pisa, geignait-elle. C’est la cata, il assure pas en lecture!» «Mais il est aussi à moitié Américain», a relativisé Sean. «Justement!, s’est exclamée Lumi. Il faut prendre le mal à la racine. Remets-lui la caboche en place et je te t’aide pour la Boutichambre!»
Or Sean avait aussitôt trouvé la bonne méthode avec Mati: quinze balles par bouquin lu, vingt pour les très gros, tope-là! Lumi n’était au courant de rien, évidemment, et avait vu avec stupéfaction Mati se mettre soudain à engloutir des livres de plus en plus volumineux, refusant même d’aller se baigner pour pouvoir continuer à lire... Incroyable!
Sean se frottait les mains: il la tenait! Mais au lieu d’arriver la bouche en cœur, avec une liste d’accessoires boutichambreurs, Lumi a fait irruption jeudi dans son bureau en vociférant: «Tu l’as... acheté?» «De quoi tu parles?» «De ton fils!» «Je l’ai motivé, a corrigé Sean. Pourquoi tu t’énerves?» «Parce que Mati vient de s’acheter avec tes ronds la Playstation que j’avais refusé de lui offrir à son anniversaire!» Sean a réprimé un sourire empli de fierté: sacré Mati! «Si tu m’aides à finir la Boutichambre, je négocie l’usage de la PS avec lui», a-t-il dit. Lumi a longuement plissé les paupières. Mais Sean a su qu’il avait gagné. Quand elle a fait volte-face et s’est barrée en claquant la porte, c’était comme si elle lui avait dit: «Tope-là!»
Sean s’était juré que la Boutichambre serait en ligne début septembre. Et il a foiré. Mais c’est vraiment pas faute d'avoir essayé. En fait, tout le monde s’est ligué contre lui. Il y a d’abord eu ce clash avec Juan qui a voulu se débiner – alors qu’il avait promis de s’occuper du layout, le fumier! Une occasion pareille, geignait Juan, il pouvait pas laisser passer: cinq jours sans Isabel ni Marion, nom d’un chien! Sean devait comprendre! Et surtout ne pas prendre personnellement. Parce que Juan allait enfin pouvoir retourner rouler des mécaniques et se rincer l’œil à la plage sans aucune arrière-pensée culpabilisatrice... Il lui suffirait de prendre une voix compréhensive le soir, au téléphone, quand Isabel appellerait, effondrée, depuis Barcelone, parce que Marion ne faisait aucun progrès en espagnol et refusait de manger avec sa famille d’accueil sous prétexte que c'était «un environnement obèsogène»…
«Entre nous, a confié Juan à Sean, moi je dis que Marion a raison. On n’est jamais trop prudent avec le gras.» «Mmh, a fait Sean. En fait, tu sais, quoi? Je m’en fous un peu.» «Pardon?», a crachoté Juan en avalant sa bière de travers. «Oh, le prends pas personnellement, a dit Sean. Je suis mono-orienté opportunités commerciales, en ce moment.» «Bien sûr, a dit Juan. C’est un sacré pari: se mettre en indépendant... à ton âge... avec ton passé... tsss...». «Tsss..., a fait Sean. C’est un peu comme toi à la plage, hein? Personne peut dire si t’arriveras à donner le change juste en rentrant le bide, pas vrai?»
Et hop, exit le layout: Juan a pris superpersonnellement.
II. Tope-là!
Il ne restait donc plus que Lumi, mais Lumi avait entamé les vacances en se faisant du souci pour Mati au lieu de se concentrer sur les accessoires boutichambreurs. «Il en va de la Finlande et de Pisa, geignait-elle. C’est la cata, il assure pas en lecture!» «Mais il est aussi à moitié Américain», a relativisé Sean. «Justement!, s’est exclamée Lumi. Il faut prendre le mal à la racine. Remets-lui la caboche en place et je te t’aide pour la Boutichambre!»
Or Sean avait aussitôt trouvé la bonne méthode avec Mati: quinze balles par bouquin lu, vingt pour les très gros, tope-là! Lumi n’était au courant de rien, évidemment, et avait vu avec stupéfaction Mati se mettre soudain à engloutir des livres de plus en plus volumineux, refusant même d’aller se baigner pour pouvoir continuer à lire... Incroyable!
Sean se frottait les mains: il la tenait! Mais au lieu d’arriver la bouche en cœur, avec une liste d’accessoires boutichambreurs, Lumi a fait irruption jeudi dans son bureau en vociférant: «Tu l’as... acheté?» «De quoi tu parles?» «De ton fils!» «Je l’ai motivé, a corrigé Sean. Pourquoi tu t’énerves?» «Parce que Mati vient de s’acheter avec tes ronds la Playstation que j’avais refusé de lui offrir à son anniversaire!» Sean a réprimé un sourire empli de fierté: sacré Mati! «Si tu m’aides à finir la Boutichambre, je négocie l’usage de la PS avec lui», a-t-il dit. Lumi a longuement plissé les paupières. Mais Sean a su qu’il avait gagné. Quand elle a fait volte-face et s’est barrée en claquant la porte, c’était comme si elle lui avait dit: «Tope-là!»
25 juillet 2009
Aléas boutichambreurs
Sean m’a appelé hier à cinq heures du matin pour hululer lugubrement à mon oreille: «J’abandonne!» «T’abandonnes quoi?» «Tout! Le brainstorming! La Boutichambre!» «Mais on compte tous sur toi…» «Tu parles! Personne n’en a rien à cirer! J’arrive pas à en joindre un seul! Anke s’est barrée à Bornéo avec son nouveau mec et…» «Quel mec?» «Dany, je crois…» «T’en es sûr?!» «Bon, tu peux laisser une seconde de côté tes instincts concierges et te concentrer sur l’essentiel?» «Pardon.» «Donc voilà. Anke est à Bornéo, injoignable! Paolo a foutu le camp je sais pas où avec une fille et…» «Quelle fille?» «Non mais tu vas arrêter, là?» «Pardon. Continue…» «Bon, où j’en étais, moi? Ah oui! Chantal et Patrick, maintenant. Ils gardent gratuitement des vaches en altitude dans un mayen sans eau courante ni réseau mobile pour soutenir les paysans de montagne et… Pirkko, retourne te coucher. Il est cinq heures et <em>Daddy</em> travaille… Oui… Non… Va au lit, je te dis… Okay... Euh, t'es toujours là?» «Bien sûr.» «Oui, donc, Chantal et Patrick, on oublie.» «Et Isabel? Elle était pas censée t'aider?» «Si et c'est justement pour ça qu'elle avait envoyé Marion en séjour linguistique en Espagne. Mais elle a dû partir la récupérer d’urgence parce que la gamine refuse de s’alimenter et qu’elle sort plus de sa chambre et que la famille d’accueil menace d’appeler les flics et…» «Mais c’est insensé cette histoire! Tu peux me…» «Non, je te donne pas plus de détails, sinon j’arriverai jamais au bout!» «D'accord. Et Marc et Julie, alors?» «Partis aux Etats-Unis pour étrenner leur nouveau passeport biométrique!» «C’était ça leur motivation?» «Mais on s’en fout de leur motivation! Ce qui compte, c’est que je me retrouve seul avec Lumi et Juan pour monter une boutique en ligne, donc autant dire avec les personnes les moins fiables que je connaisse! Jamais on va y arriver! Mon dernier espoir, c’est Sam. Tu sais où il est?» «Euh, avec Cora et les enfants sur leur île croate…» «Eh ben voilà! Le coup de grâce! On est cuit, je te dis, on est…»
C’est à ce moment que le chéri a émis un grognement contarrié. Avant de me prendre le téléphone des mains, de quitter la chambre et de revenir une heure plus tard pour m'annoncer: «C’est bon, Sean va la faire, la boutique en ligne.» «Comment tu t'y es pris pour le faire changer d’avis?» «Je l’ai convaincu de l’avantage commercial de faire travailler ses enfants.» «Comment ça?» «Tu verras bien. Et tu me dois une grasse mat!»
Avis à tous les Chambreurs: à la rentrée, votre soap SBF préféré ouvrira sur ce blog les portes d'une Boutichambre abondamment garnie d’accessoires plus must have les uns que les autres. D’ici là, tout le staff de «Chambre avec vie» vous souhaite un été carrément joli.
C’est à ce moment que le chéri a émis un grognement contarrié. Avant de me prendre le téléphone des mains, de quitter la chambre et de revenir une heure plus tard pour m'annoncer: «C’est bon, Sean va la faire, la boutique en ligne.» «Comment tu t'y es pris pour le faire changer d’avis?» «Je l’ai convaincu de l’avantage commercial de faire travailler ses enfants.» «Comment ça?» «Tu verras bien. Et tu me dois une grasse mat!»
Avis à tous les Chambreurs: à la rentrée, votre soap SBF préféré ouvrira sur ce blog les portes d'une Boutichambre abondamment garnie d’accessoires plus must have les uns que les autres. D’ici là, tout le staff de «Chambre avec vie» vous souhaite un été carrément joli.
11 juillet 2009
Dans la peau du mégablurb
La scène représente un compartiment CFF. Face à face: un homme d’affaires (en train de parler dans son téléphone mobile) et une jeune mère (en train d’allaiter son bébé).
Dans la peau de l’homme d’affaires: «Non, mais je rêve? Elle allaite! Elle se croit tout permis, ou quoi? Hé ho, y a des gens qui bossent, ici! C’est typique! Les médias ont tellement victimisé les mères qu'elles ratent pas une occase de nous balancer leur lactation à la tronche! Astrid aussi faisait ça, quand elle allaitait Clément, et déjà là, avec ma propre femme, ça me rendait dingue, ce dégainage de nichon. C’est tellement agressant. Alors qu’on voudrait juste bosser, nous. Histoire d'assurer la masse salariale et les congés maternités. Qu'est-ce que ça fait de vivre seize semaines aux crochets de l’employeur en temps de crise, hein? En plus, ça crève les yeux qu’elle a aucune idée de l’allaitement, elle aligne toutes les erreurs de la débutante! Non mais regardez comme elle le tient, son bébé! Il va lui faire un de ces renvois… Et voilà! Le mégablurb! Je l’avais pas dit?»
Dans la peau de la jeune mère: «Non, mais je rêve? C’est son cinquième appel! Il se croit tout permis, ou quoi? Hé ho, y en qui aimeraient avoir la paix, ici! C’est typique! Les médias ont tellement porté aux nues ces requins de managers qu’ils ratent pas une occase de nous balancer leur arrogance à la tronche! Qu'est-ce ça fait d'être responsable de la crise et de vampiriser l'Etat, hein? Dire qu'Eric a les même boutons de manchette que cet incapable... Allez, tais-toi, à la fin! T’as déjà aligné tellement de conneries que tout le wagon a compris que t’y connaissais rien, aux plans d’investissement. Non mais écoutez-le parler d'<em>input</em>! Y a de quoi se taper les cuisses! Et puis cette voix! Je suis sûre que ça va faire régurgiter le petit, toute cette négativité… Et voilà! Le mégablurb! Je l’avais pas dit?»
Dans la peau du bébé: «Je déteste le train: ça penche... ça me donne mal au coeur... ça fait tout remonter... et... Et voilà! Le mégablurb! Je l’avais pas dit?»
Dans la peau de l’homme d’affaires: «Non, mais je rêve? Elle allaite! Elle se croit tout permis, ou quoi? Hé ho, y a des gens qui bossent, ici! C’est typique! Les médias ont tellement victimisé les mères qu'elles ratent pas une occase de nous balancer leur lactation à la tronche! Astrid aussi faisait ça, quand elle allaitait Clément, et déjà là, avec ma propre femme, ça me rendait dingue, ce dégainage de nichon. C’est tellement agressant. Alors qu’on voudrait juste bosser, nous. Histoire d'assurer la masse salariale et les congés maternités. Qu'est-ce que ça fait de vivre seize semaines aux crochets de l’employeur en temps de crise, hein? En plus, ça crève les yeux qu’elle a aucune idée de l’allaitement, elle aligne toutes les erreurs de la débutante! Non mais regardez comme elle le tient, son bébé! Il va lui faire un de ces renvois… Et voilà! Le mégablurb! Je l’avais pas dit?»
Dans la peau de la jeune mère: «Non, mais je rêve? C’est son cinquième appel! Il se croit tout permis, ou quoi? Hé ho, y en qui aimeraient avoir la paix, ici! C’est typique! Les médias ont tellement porté aux nues ces requins de managers qu’ils ratent pas une occase de nous balancer leur arrogance à la tronche! Qu'est-ce ça fait d'être responsable de la crise et de vampiriser l'Etat, hein? Dire qu'Eric a les même boutons de manchette que cet incapable... Allez, tais-toi, à la fin! T’as déjà aligné tellement de conneries que tout le wagon a compris que t’y connaissais rien, aux plans d’investissement. Non mais écoutez-le parler d'<em>input</em>! Y a de quoi se taper les cuisses! Et puis cette voix! Je suis sûre que ça va faire régurgiter le petit, toute cette négativité… Et voilà! Le mégablurb! Je l’avais pas dit?»
Dans la peau du bébé: «Je déteste le train: ça penche... ça me donne mal au coeur... ça fait tout remonter... et... Et voilà! Le mégablurb! Je l’avais pas dit?»
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